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samedi 24 septembre 2011

HESTIVOC 2011



La Mairie de Pau parée des couleurs hestivociennes.

Le drapeau aux vaches crucifiées sur la croix "occitane".

(clichés août 2011) .

samedi 11 décembre 2010

Au Nabeth Françoès !

Par Jean-Marc Casamayou
Après le Yan Petit qui dance, on pourrait demander à Alexis de nous distraire avec un François qui rit François qui pleure (si ce jour là La Muse Mayrane est avec lui).

Les propos de Françoès Vairon portent toutes les contradictions propres à ce fameux "centre mou" que personne n'arrive à situer sur l'échiquier politique. J'en ai compté ces derniers temps près d'une demi-douzaine! De quoi y perdre son latin et celui des autres!
Ainsi nous pouvons lire, "béarnisants", "occitanistes", "béarnais", "occitans". On lit aussi que la "famille occitane " est "la famille des langues d'oc" (au pluriel! sic!) et que ce qui est transmis dans les calandretas c'est du Béarnais mais "sous le nom générique d'occitan" (dommage que ce ne soit pas remboursé par la Sécurité Sociale, alors que c'est prescrit par les Docteurs ès occitan) qui n'est pas "une langue artificielle". Et côté artifice, le François il s'y connait, même s'il y a quelques temps que le feu semble éteint!

Et il finit en digne successeur d'Henri IV, Lou Nouste Françoès se verrait bien en Maire de Pau (au minimum et par défaut), prenant un arrêté municipal pour mettre fin aux guerres de religion qu'il a lui même attisé en devenant l'un des parrains de ce fameux "opérateur régional ", l'Inoc (qui a un site internet en panne depuis des mois, sûrement un manque budgétaire...). Il en appelle à ses amis, mais lesquels?

Alors s'il veut sauver "nos langues" (encore au pluriel?), il serait temps qu'il y retrouve son latin et sa musique; et qu'il abandonne le Se canti (générique) pour Aqueres Mountagnes (authentique).

Mais je crains que pour lui, elles ne soient "tan hautes" qu'elles ne s'abaisheran pas! Le Gave de Pau n'est pas un nouveau Rubicon (en un seul mot!).

Il est pas donné à tous les fils de Pau de devenir un jour Roi de France car côté génétique il ne peut y avoir aucun générique!

Au Nouste Enric!


Eth Baretounés

vendredi 3 décembre 2010

Un bon point, M. Bayrou – Maintenant, allez jusqu’au bout !

Par Jean Lafitte, docteur en sciences du langage

Ce matin même, M. Triep-Capdeville, président de l’Institut béarnais et gascon, a attiré par message l’attention de quelques membres de l’association sur certains propos de M. Bayrou rapportés par la presse paloise d’aujourd’hui. Comme M. Bayrou juge que la querelle entre béarnisants et occitanistes est “bête à pleurer”, il a rappelé que les prises de position pro-occitanistes de ce personnage politique n’étaient pas étrangères à cette querelle : « Il n’est donc pas au dessus de la mêlée… ».

Comme j’ai beaucoup d’estime et d’amitié pour Maurice Triep et entretiens des contacts cordiaux avec François Bayrou, je me dois d’apporter quelques éclairages en vue de conduire tous les amoureux de la langue béarnaise et gasconne sur les chemins de l’entente.

D’abord, voici exactement le passage du vaste tour d’horizon auquel s’est livré M. Bayrou, en tant que meneur (j’ai horreur de l’anglais leader qui ne signifie pas autre chose) d’un parti politique :

Une querelle à pleurer !

François Bayrou s’est exprimé sur la querelle « béarnisants et occitanistes » « Cette querelle est à pleurer. Voilà une langue menacée de disparition, et ceux qui l’aiment se partagent en deux camps, occitans contre béarnais, qui se combattent à mort ! Les choses sont pourtant simples : notre langue, c’est le Béarnais. Le Béarnais est une langue gasconne. Le gascon appartient à la famille occitane, la famille des langues d’oc, qui viennent directement du latin dont elles ont hérité la « musique », (l’accent tonique remontant), et une bonne part du vocabulaire.

Dans les calandretas ce qu’on transmet, sous le nom générique d’occitan, c’est le Béarnais, ce n’est pas une langue artificielle ! Il est temps de cesser les guerres de religion ! Si mes amis pouvaient arrêter de se disputer et tous convenir que le seul enjeu qui vaille, c’est de sauver nos langues, alors j’en serais très heureux. »



Lisant cela en « expert » — excusez mon manque de modestie —, je serais plutôt tenté de féliciter M. Bayrou : pour autant que je sache, c’est la première fois qu’il affirme très claire-ment dans une déclaration publique « Le Béarnais est une langue gasconne » ; l’« occitan » est une famille linguistique, pas une langue, c’est un autre nom de « la famille des langueS d’oc » au pluriel.

Sur le fond, c’est à peu de chose près notre thèse, et celle des linguistes de tous pays qui ont étudié nos langues et ne se bornent pas à répéter les dogmes occitanistes. Et c’est contraire à ce qu’affirme avec superbe M. David Grosclaude, digne fils de son père et pour qui le béarnais n’est qu’une sous-variété de la « la langue occitane ». Dans le Proclam de Pau évoqué par Maurice Triep, M. Bayrou les avait salués ainsi : « Miquèu e David Grosclaude, lo pair deu costat deus sapients e lo hilh deu costat deus comunicators ». sapién, M. Grosclaude avait l’honnêteté de ne pas en revendiquer le titre, puisqu’il avait écrit huit ans plus tôt « Que’m senteishi mei istorian que non pas lingüista » (Drin de tot, 1985, Préface, p. VI) ; ce qui permet d’apprécier à sa juste valeur son affirmation péremptoire en p. 10 du Petit dictionnaire français-occitan (gascon) de Per noste-La Civada, 1984 : « Il existe indiscuta-blement une langue occitane ou langue d’oc. Cette vérité est reconnue par tous les linguistes du monde : elle n’est contestée que par des détracteurs incompétents ou malveillants. » Il ne citait aucune de ces linguistes du monde (sans doute en connaissait-il trop, mais il est parti dans l’autre monde avec son secret), alors que j’ai à la disposition de tous les curieux un recueil de citations de linguistes français et étrangers qui disent depuis plus de 130 ans que le gascon est une langue distincte de tout le reste du domaine d’oc[1] . Je me situe dans leur camp, M. Bayrou aussi, à vous de décider si nous sommes incompétents ou malveillants. Quant au fils, avec La Setamna et autres bulletins de sa “paroisse” — le mot est d’un occitaniste lucide et honnête —, « comunicator » est bien le terme adéquat : ça commence comme communication, nom actuel de la propagande des années 1930, si bien théorisée par le défunt Joseph Goebbels (cf. « Plus le mensonge est gros, plus il passe ») ; et ça finit comme terminator…

Mais je reviens à M. Bayrou : d’abord, la « langue béarnaise » n’est pas à proprement parler « une langue gasconne », mais le nom historique — bientôt 500 ans ! — des parlers gascons en usage dans l’ancienne vicomté de Béarn, parlers gascons sans homogénéité et dont aucun trait linguistique ne s’arrête aux limites historiques du Béarn. Mais ce n’est qu’un détail, et la conscience d’avoir une « langue béarnaise » compte pour beaucoup dans la détermination des Béarnais à vouloir la conserver.

Cela précisé, cette déclaration montre que M. Bayrou a fait son chemin, et il est très loin du pseudo-œcuménisme rassembleur de son Proclam de Pau, où il a dit : « E nosautes, bearnés, gascons, occitans » ou encore « Lhèu qu’at avetz vist, qu’èi circulat shens hèra de precaucions entre nocions qui son totas atrapaderas. Ací qu’èi dit : occitan, ací : gascon e alhurs : bearnés. »

Mais aussi de façon plus précise : « qu’avem tanben a conéisher de tira quau ei l’estat exact deu parlar bearnés e gascon », en oubliant l’« occitan ».

Parenthèse : c’est écrit à l’occitane, d’après le texte qui me fut communiqué officielle-ment par son cabinet de président du Conseil général, mais c’est du béarnais très courant, avec des gallicismes comme ci-dessus alhurs pour alhous, en d’autres endroits, mèma pour medich ou medix etc. La graphie occitane n’est même pas toujours exacte, avec pour couron¬nement le dernier alinéa qui est, à trois o pour ou près, en bonne graphie moderne de l’Escole Gastou Febus (E.G.F.). J’en ai conclu que M. Bayrou avait d’abord écrit naturellement son texte en “patois” de Bordères, et à la mode des Félibres, puis l’avait laborieusement mis à la norme occitane qui était dans le vent, s’arrêtant épuisé juste avant le dernier alinéa !

J’insiste donc : puisque c’était un discours, à l’oral il n’a dû choquer aucun Béarnais qui connaissait sa langue, et il n’aurait pas eu besoin d’être traduit pour être compris d’un Gascon connaissant lui aussi sa langue. Et je supplie tous mes amis de reconnaitre que Lapassade et Peyroutet n’ont pas changé de langue quand ils ont abandonné la graphie moderne pour l’occitane, ni Peyroutet une seconde fois en revenant à la graphie moderne.

Ce qui ne m’empêche pas de dire haut et fort que la graphie occitane est une aberration sociolinguistique et pédagogique fondée sur une lecture erronée des anciens textes, y compris en languedocien, et sa justification par l’unité de l’« Occitanie » est une aberration supplémentaire, car il n’y a jamais eu d’« Occitanie »… Et ce n’est pas demain la veille que les habitants du Midi de la France voudront la faire, comme l’aurait aimé le Pr. Patrick Sauzet dans l’éditorial du n° 11 d’octobre 1998 du bulletin de l’Institut occitan de Pau (aujourd’hui à Billère) et comme le suggère Ben Vautier que je viens de citer en note.

En outre, elle est devenue contraire à la Constitution, puisque l’article 75-1 sur les langues régionales, introduit en juillet 2008, les déclare comme appartenant au patrimoine de la France, et qui dit patrimoine, dit bien reçu des ancêtres et transmis de génération en génération, sans rupture. Or seule la graphie dite « moderne » répond à ce critère, car sa modernité est caractérisée par une adaptation continue à l’évolution de la langue et à son contexte socioculturel. Alors que la graphie « occitane » ou « classique » est une graphie de rupture avec l’héritage, par un retour artificiel à des conventions médiévales qui ne sont même pas celles du passé béarnais.


J’en viens maintenant au rappel par Maurice Triep des causes de la responsabilité de M. Bayrou dans la querelle entre béarnisants et occitanistes. Ça me rappelle le triste fait divers de début septembre que fut le meurtre à Lescar d’un « un formateur en langue occitane » par l’époux d’une dame qui rendait trop souvent visite à ce jeune homme : c’est « à en pleurer », comme le dit M. Bayrou de la querelle linguistique. Le mois avant, un drame similaire avait couté la vie à un père de famille d’Espalion en Aveyron. Mais dans notre Béarn qui se moque facilement des Bertans de las cournères, on comprend aussi que parfois Bertran attrape un grand couteau ou décroche le fusil.

Or dans la querelle linguistique, j’estime qu’avec l’argent de tous les Béarnais, M. Bayrou a fourni l’appartement où se déroulent les rencontres qui ont cocufié tous les amoureux de la vraie langue béarnaise.

Il avait promis, dans son Proclam du 25 octobre 1993 : « Que vau propausar de bastir, de cap a l’Universitat, lo centre de la lenga e de la cultura bearnesa, gascona, occitana. » Et vers la même époque, lors d’un festival de Siros, il avait promis un « Institut culturel béarnais et gascon » parallèle de l’Institut culturel basque créé en 1990.

En fait, grâce à une habile manœuvre du genre de celle qui introduisit « la langue occitane » dans la loi Deixonne du 11 janvier 1951, avec d’ailleurs l’assentiment du Félibrige, c’est un « Institut occitan » qui a été créé avec pour premier président M. Jean Salles-Loustau, proche voisin et ami politique de M. Bayrou qui, peu après, le nommait Inspecteur général de l’éducation nationale chargé des langues régionales.

Or M. Salles-Loustau avait déclaré dans une interview à la presse paloise du 15 mars 1995 : « On n’est pas là pour enseigner le patois. Le patois est mort, c’est l’occitan qui reste ». Il avait dit aussi « Sur les 13 millions de personnes qui peuplent les 30 départements d’Occitanie, 6 millions d’entre elles comprennent l’occitan. », en annexant à l’« occitan » tous ceux qui parlaient le « patois » qu’il envoyait au cimetière.

Je vais cependant essayer de comprendre, sinon justifier, M. Bayrou. Il est né quelques mois après la publication de la loi Deixonne, avait neuf ans quand Roger Lapassade et ses amis ont fondé Per noste dans le cadre de l’Institut d’études occitanes (I.E.O.), alors que l’Escole Gastoû Fébus vivait les dernières années de Michel Camélat (1871-1962) et Simin Palay (1874-1965) qui la présidait depuis 1923 ; et M. Bayrou avait 17 ans en mai 1968, année de son baccalauréat : toute sa jeunesse a été entourée d’occitanisme béarnais et gascon (à Bordeaux), mouvement conduit par d’authentiques Béarnais et Gascons qui croyaient voir dans cette orientation le salut de leur langue autochtone bien mal en point. Le vide intellectuel était tel que Michel Grosclaude, professeur certifié de philosophie au lycée d’Orthez, allait devenir le maitre à penser de ces braves Béarnais, alors qu’arrivé du nord de la France en 1958, il prenait le béarnais pour du latin appris au lycée (cf. son article « Comment je suis devenu occitaniste », Per noste n° 15, Nov.-Dec. 1969, pp. 5-6). Mais justement, avec probablement Robert Darrigrand, agrégé d’espagnol mais de 9 ans son cadet, il était un des rares à savoir le latin parmi ces enseignants d’Orthez. Et il ne manquait ni d’aplomb, ni probablement de l’envie de compenser son modeste niveau hiérarchique dans le monde de l’éducation.

François Bayrou s’étant à son tour dirigé vers la carrière d’enseignant, il a été reçu au concours de l’agrégation de lettres à 23 ans. Agrégé de lettres, et non linguiste. Il a donc pris pour argent comptant le discours linguistique des occitanistes, l’idée ne lui venant probable-ment pas d’en douter, puisque c’étaient des enseignants, et qu’en 1993 il voyait un sapién en M. Grosclcaude. Et il n’y avait alors rien qui lui permît d’en douter. Même notre ami Jean-Marie Puyau, dans son mémoire universitaire sur le béarnais de 1985, avait alors choisi une graphie basée sur celle de l’I.E.O. :

« La graphie de l’I.E.O. accentue la dépendance du béarnais comme sous-dialecte de l’occitan. Celle de l’E.G.F. peut sembler au contraire trop calquée sur le français. C’est ce qui m’a fait en définitive choisir une quatrième [sic] solution, la mienne. A dire vrai, j’ai pris pour l’essentiel l’ortho-graphe dite «normalisée» de l’IEO, parce qu’elle est mieux admise dans les milieux universitaires et parce qu’elle rend mieux compte de certains aspects de la langue : genre masculin ou féminin des finales, désinences de l’indicatif et du subjonctif. » (Livre – Un universitaire breton étudie la phonologie du béarnais, article et interview par Louis Laborde-Balen, l’Éclair, 1986).

Moi-même, je ne pensais pas autrement, n’ayant trouvé que l’I.E.O.-Paris et les occitanistes du Béarn pour m’apprendre le béarnais de mes ancêtres maternels et m’ouvrir au gascon de mes ancêtres paternels. Or j’ai eu la chance d’être mis à la retraite en 1988 à 58 ans, limite d’âge de mon grade de colonel, et de pouvoir me consacrer à fond à l’étude de cette langue que l’I.E.O.-Paris me demandait d’enseigner l’année suivante. C’est dans la bibliothèque de cette association où j’assurais des permanences bénévoles que j’ai trouvé les petits cailloux blancs qui allaient me permettre de trouver mon chemin et sortir de la forêt broussailleuse et sombre de l’occitanisme.

Dès 1996, j’ai pu ainsi lever l’étendard de l’indépendance linguistique du gascon (Le gascon, langue à part entière et le béarnais, âme du gascon), le début de ce titre jusqu’à « et » étant emprunté au Pr. Pierre Bec, ancien président de l’I.E.O. Mais je tenais toujours à la graphie classique que j’ai continué à enseigner jusqu’en 2003. Or en 2002, je m’étais inscrit en thèse en vue de traiter de l’amélioration de cette graphie pour la rendre plus fidèle à la phonologie du gascon. C’est dans les six premiers mois de ce travail que j’ai découvert les erreurs historiques qui étaient à la base de la graphie classique : scientifiquement, je n’avais plus aucune raison de la conserver, d’autant qu’elle compliquait très sérieusement l’enseigne-ment de la langue. Je l’ai donc abandonnée à la rentrée 2003, sans provoquer de révolte de mes élèves, plutôt soulagés. Et ma thèse en a proposé quelques améliorations.

Mais quand je constate l’ignorance de mes propres amis sur ces sujets, et plus encore celle des occitanistes, encore moins curieux de savoir, il faut bien admettre que M. Bayrou n’en sache pas grand chose. Il en savait encore moins il y a quinze ans, et il n’est pas sûr qu’il ait été machiavélique en laissant se créer l’Institut occitan à la place de l’Institut culturel béarnais et gascon qu’il avait annoncé. Sans doute était-ce pour lui blanc bonnet, bonnet blanc.

Aujourd’hui, il peut mesurer les dégâts d’un laisser-faire qu’il crut peut-être habile. Avec la perspective pas du tout illusoire de voir la justice déclarer illégaux chez nous le nom d’« occitan » et la graphie occitane. Ce qui impliquera l’interdiction pour toute collectivité publique d’en user directement et de subventionner, en argent ou en moyens matériels, toute institution privée qui s’en réclamera.

Au nom de l’amour que nous portons tous à notre langue béarnaise et gasconne, je dis donc à M. Bayrou : « Allez jusqu’au bout ! ».

Avec tout votre talent de parole et les relations que vous avez dans les milieux politiques d’une part, occitanistes d’autre part, faites leur comprendre que le mirage occitaniste est sur le point de se dissiper et qu’il leur faut délibérément tourner la page : bannir le mot « occitan », qui n’a pas plus sa justification que le terme générique de « germain » pour désigner le néerlandais, l’alsacien ou le flamand, et ne plus user que de la graphie moderne, qui a ses racines dans nos chartes d’avant 1300 : au lieu de passer un temps fou à écrire contre nature, pour ensuite se casser la tête pour bien lire cet écrit, l’ancien ministre de l’éducation nationale n’a pas besoin qu’on lui fasse un dessin pour voir le temps gagné pour l’apprentissage de la langue elle-même.

Courage, cher ami, sur les pas d’Henri IV, un édit de Nantes est possible dans le respect de la vérité historique et linguistique et de la loi désormais en vigueur. C’est notre seule ambition, et nous vous aiderons si vous le voulez bien.

Jean Lafitte
 
[1] Le dernier venu est Ben Vautier, alias Benjamin Vautier, peintre français d’origine suisse né le 18 juillet 1935 à Naples de mère irlandaise et occitane et de père suisse français, tout autant de raisons d’être occitaniste. En aout 2009, le Sénateur Michel Charasse avait signalé au Premier ministre les vives inquiétudes des tenants des langues parlées dans les régions de Nice, du Béarn, de la Gascogne, de l’Auvergne, du Limousin et de la Provence devant les privilèges exorbitants reconnus à l’occitan. M. Vautier lui avait alors répondu sur son blog (“copié-collé”, fautes comprises) : « tous les linguiste vous diront que le bearnais le gascon le nissart le provencal etc sont des langues d’oc par raport aux langues d’œil pourquoi pas accepter de les laisser se reunir et se regrouper pour survivre ? »


mardi 24 novembre 2009

Faut-il une loi pour les langues régionales ?

Le 16 octobre, des militants de la langue basque ont eu un entretien avec M. Guillaume Métayer, conseiller de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la communication ; ce fut pour apprendre qu’aucun calendrier n’est prévu pour un projet de loi sur les langues régionales et que le ministère s’interroge même sur son opportunité. Les militants des langues régionales s’en sont fortement émus et certains ont crié au scandale, une telle loi ayant été promise par Mme Albanel, précédent ministre de la Culture, lors d’une déclaration faite le 7 mai 2008 à l’Assemblée nationale. C’est oublier qu’une initiative des députés prise 15 jours plus tard, le 22 mai, a abouti à l’inscription de ces langues dans un article 75-1 nouveau de la Constitution : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. »

Cela vaut beaucoup plus qu’une loi, comme l’a souligné M. Métayer. Désormais :

- le qualificatif « régionales » enracine chaque langue dans un territoire ;

- le substantif « patrimoine » renvoie à l’histoire de chaque langue héritée des aïeux, comme tout bien patrimonial ;

- la place même de cet article dans le titre XII de la Constitution, relatif aux collectivités territoriales, les désigne d’emblée comme maîtresses d’oeuvre de la conservation de la langue, voire des langues, de leur territoire.

Dès lors, toute la législation relative à l’exercice des compétences générales des collectivités territoriales est applicable à leurs actions au profit de ces langues. D’autre part, l’article 34 de la Constitution limite strictement le domaine de la loi, renvoyant tout le reste au domaine des décrets, pris par le seul gouvernement. Par exemple, on peut imaginer un décret fixant les conditions dans lesquelles seraient déterminés les noms de communes écrits selon la langue locale (recherche dans les écrits anciens, lisibilité à l’époque actuelle en raison de la prononciation moderne, etc.).

Il ne reste donc pas grand-chose qui puisse être mis dans une loi, et l’on comprend que l’État, si facilement accusé de jacobinisme, laisse aux collectivités territoriales toute latitude pour nommer leurs langues historiques et favoriser leur maintien selon les attentes de la population.

Or, ces attentes ont bien été mises en avant par M. Jean-Jacques Lasserre, alors président des Pyrénées-Atlantiques, à la page 6 du dossier Langue occitane joint au numéro de décembre 2003- janvier 2004 de « Lettres d’Aquitaine » : il faut « à la "base", une volonté réellement marquée d’une partie au moins très significative des populations concernées de passer d’un intérêt "passif" pour sa langue régionale (par exemple "l’opinion très positive" exprimée lors des fréquents sondages d’opinion sur le sujet) à un intérêt "actif" (par exemple, l’inscription de ses enfants en filière bilingue lorsque la possibilité en est offerte) assortie d’un soutien concret, rapide et pérenne des collectivités de proximité (communes, intercommunalités...) lorsque cette volonté se manifeste ».

Autrement dit, « aide-toi, le Ciel t’aidera », et l’État lui-même apportera sa contribution, comme il le fait dans d’autres domaines de conservation du patrimoine.



Enfin, s’il faut vraiment une loi, rien n’empêche les députés et sénateurs de la proposer, pour peu que les militants leur suggèrent des dispositions conformes à la Constitution, donc relevant du domaine de la loi selon l’article 34, et ne contrevenant pas à l’article 2 sur le français, langue de la République, et à la jurisprudence qu’en a tirée le Conseil constitutionnel. Rien n’est donc perdu, si les Français de base veulent vraiment garder vivantes les langues de leurs ancêtres.

Jean Lafitte

Docteur en sciences du langage
(Tribune libre parue dans le quotidien Sud-ouest)