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dimanche 4 septembre 2011

Les Béarnais, Kabyles de France

Une citation intéressante du Maréchal Bosquet (brillant militaire gascon Mt de Marsan 1810-Pau 1861) rapportée par Vastin Lespy dans l'ouvrage paru en 1880 sur le Général Camou par La Société des Bibliophiles du Béarn:


On lit dans les Lettres du maréchal Bosquet à sa mère, t.III, p. 319: -
"Camou et moi, nous parlons béarnais presque exclusivement, et cela intrigue beaucoup de gens, les indigènes surtout qui savent un peu de français. Alors, on leur explique que Camou et moi nous sommes des Kabyles de France et que nous parlons notre langue comme les Kabyles ici parlent la leur, fort différente de la langue arabe."





note:

Commandant successivement les subdivisions de Mostaganem et Sétif, Bosquet participe en 1851 à l'expédition de la petite Kabylie où il est blessé à l'épaule. A cette époque, il est l'un des plus brillants généraux d'Afrique et s'il n'a pas la réputation de Saint-Arnaud, il a su se faire apprécier par Bugeaud et La Moricière et a été cité six fois à l'ordre de l'armée. Pour ces raisons il est contacté par Fleury mais ne répond pas à ses avances faites dans la période précédent le coup d'Etat du 2 décembre. A la nouvelle de ce dernier, il demande sa disponibilité mais finit par accepter de rester à son poste, à la demande de Randon, alors gouverneur général de l'Algérie.

Autorisé à rentrer en France en 1853, il rend visite à sa mère puis s'installe au 19 quai Voltaire à Paris où il rencontre Napoléon III. Il est séduit par la personnalité de l'Empereur et conquis par son accueil.

Il retourne en Algérie, participe à une nouvelle expédition en petite Kabylie et est nommé général de division le 10 août 1853.


mercredi 3 août 2011

PAU BILE REALE

Pau, bile reale.




Malaye ! Be passe bìstẹ lou téms, toutû ! Er an passat, era bile de Pau que celebrè dap lous aunous, l’assassinat dou Noùstẹ Enric per « lou diàblẹ bér » de Ravaillac et 16 de may 1610 à Paris.

Quàuquẹs sés d’estiu, daban det castèth de Gastoû Febus, qu’esté û hère beroy espectàclẹ dap eboucacioûs istouriques. Et moùndẹ que-s amassè entà bédẹ « La Lune avec les dents » (2). Aquéstẹ estiu que s’y tournèn coum et defun Jules Verne !

Tabé qu’y abou councurrénce d’autous ta ha det réy de Nabarre et counquistadou dera lûe, més et moùndẹ qu’at sap qu’ère et « Vert Galant » ! E lûes, que-n abè bist à passa bère troupe…

Puch ets Biarnés qu’aprengoun que-s abèn retroubat et soû cap. Per faute d’ADN, ets especialìstẹs y cerquàyrẹs n’an pas poudut dìsẹ si ère demourat huganaut ou bertadè catoulic ! Qu’abè cambiat hère de cops d’abis y d’idées. Qu’ère hort poulitic y que debè esta dilhèu drin centrìstẹ ! Et purmè sendic dera bile de Pau, ûe soucialìstẹ, que-s boulou recupera et cap enta-s ha drin de reclame. You que pensi que l'os qu'abè l'Enric debath dou melic qu'aberè hèyt ûe bère clau ta "Pau Porte des Pyrénées"!

Toutû, que pouderém decha-u demoura-s en pats à Paris au loc de-u bédẹ déns ûe nabère expousicioû, û beroy tros det noùstẹ Toutankhamon de Gascougne !

Qu’abèm deja expausat et co de Charles de Nabarre (2) au Counsélh Generau pendén quàuquẹs més ! Chéns parla det réy de Suède, et noùstẹ Bernadotte !

Bè-n, que-m pénsi qu’à Pau qu’abém prou celebrat la mourt dets noùstẹs faraoûs, sinous que-ns bam ploura ets oélhs ! Més, l’istòri qu’a ensegnat que : « ce sont les hommes de paix qu’on assassine », entat pràubẹ Enric, û cop que suféch !


Eth Baretounés.



(1) Expression qui se dit en parlant d'une chose qu'il est impossible de faire. Elle fut utilisée par Rabelais dans son Pantagruel  (1532). On trouve aussi, promettre, décrocher et demander la lune.

(2) Charles II de Navarre, dit Charles Le Mauvais (1332-1387). Mort à Pampelune, son coeur est conservé en l'église Sainte-Marie d'Ujue en Navarre (à 50 km de Pampelune et 20 km de Tafalla).

samedi 9 avril 2011

Pau : signalisation urbaine en « occitan »

Par Jean Lafitte, docteur en sciences du langage
  
La « Letra d’informacion du 7 d’Abriu de 2010 » (sic !) de l’Ostau bearnés (http://www.ostaubearnes.fr/news.php) crie sa grande joie parce que la municipalité a commencé à apposer en ville des panneaux de signalisation en une langue non française à désignation flottante. Le communiqué débute ainsi, dans la langue de l’Ostau :


« E’us avetz vists ? […] Que volem parlar deus panèus direccionaus bilingues […] en beròi gascon ! Lo còr de vila e los quate punts cardinaus escriuts en òc en devath deu francés. »

Ce que ce même Ostau traduit ainsi en français :

« Vous les avez vus ? […] Des panneaux direction¬nels bilingues […] sont désormais affublés de leur traduction en lenga nosta. Le cœur de la ville et les quatre points cardinaux écrits en òc, juste en-dessous du français. »

Il est symptomatique que dans l’ancienne capitale du Béarn, le nom de « béarnais » n’est même pas men¬tionné et que « beròi gascon » (joli gascon) n’est même pas traduit en français et remplacé par « lenga nosta » (en italique). Qui plus est, le traducteur (saboteur ?) a inséré « sont désormais affublés de leur traduction », qui manque dans le texte en non-français. Félicitons-le pour son bon sens !

Pour les gens de l’Ostau, c’est du définitif : « Et aujourd’hui, il est trop tard pour faire machine arrière. Ce qui est fait est fait, et ce n’est plus à faire. ». Mais ils ajoutent bien vite : « Pourtant, il ne faut pas se voiler la face : ces panneaux à peine dévoilés, ils susciteront un vent de contestation (cela a déjà commencé, il suffit d’ouvrir un journal ou de surfer un peu sur internet pour s’en convaincre) pour le choix de la graphie, le coût, pour des raisons de sécurité routière ou de souveraineté de la langue française en notre république… »

Quand j’étais en activité et qu’il était de bon ton de poser des questions à l’issue d’une conférence, un petit malin en avait deux qui étaient presque toujours pertinentes : « À quoi ça sert ? Combien ça coute ? »

La seconde est déjà évoquée par l’Ostau, et en des temps de “vaches maigres”, je suppose que plus d’un Palois va la poser et tenir compte de la réponse dans ses prochains votes.

Quant à la première, ayant “à mon compteur” 22 ans d’enseignement bénévole de la langue gasconne et béarnaise, j’ose répondre : « à rien pour la socialisation de la langue du pays, à pas grand chose pour l’avènement d’une « Occitanie » qui n’a jamais existé et dont seuls quelques rêveurs, parfois sectaires, attendent des « lendemains qui chantent » : on aura marqué le terrain, mais en vain.

« à rien », je le dis avec la caution de deux “intellectuels” qui n’ont jamais caché leur adhésion à une certaine vision occitaniste du Midi. Le premier à s’être manifesté est Jean-Pierre Cavaillé, chercheur à l’École des haute études en sciences sociales, dans un article de son blog http://taban.canalblog.com/archives/2010/12/18/19909817.html#_ftn1 sur la vanité des annonces faites en « occitan » dans le métro de Toulouse; le second est René Merle, professeur agrégé d’histoire, docteur ès lettres, aujourd’hui retraité. Dans un article « Langue occitane : reconnaissance formelle et dégâts collatéraux », il exprime d’abord son adhésions aux critiques du premier ; puis il donne son propre avis sur le triplage du nom de sa ville La Seyne-sur-mer sur les panneaux d’entrée d’agglomération, par addition de « La Sanha de mar – La Sagno de mar », respectivement en graphie occitane et en graphie mistralienne :


« Je ressens toujours une bouffée de contentement en découvrant ces plaques. Mais quid de ceux, et ils sont l’immense majorité, qui non seulement ne parlent pas occitan, mais n’ont jamais eu accès à un apprentissage d’au moins une des graphies de cette langue ? »

Et d’évoquer le massacre phonétique résultant de la lecture de ces graphies, qui ne révèlent pas la place de l’accent tonique, pourtant essentielle. Et je cite encore :

« Paradoxe d’une entreprise de bonne volonté qui aboutit à la négation de l’occitan, dont la réalité lexicale et articulatoire ne subsiste plus, paradoxalement, que dans le nom français…

« Devant les plaques des noms de rues, tout se joue dans le face à face solitaire du promeneur, ou de l’automobiliste, avec ce qu’il lit.

« Mais qu’en est-il des signes de reconnaissance formelle “tombant”, littéralement, sur une collectivité qui a priori n’était pas demandeuse ?

« L’article de J.P. Cavaillé, me semble-t-il, dit tout ce que l’on peut penser de cette “descente” d’un occitan virtuel et sans âme, (sinon celle de la triste connerie standard de notre société du paraître), sur la foule d’usagers solitaires du métro. »



En Béarn, on m’a dit que lorsqu’un de ses amis avait demandé à M. Bayrou, alors président du Conseil général, de doubler les panneaux d’agglomération par le nom ancien (sous-entendu, écrit à la mode occitane), il lui aurait répondu : « Mais la quasi totalité des noms de communes béarnaises ont en “français” leur nom béarnais de toujours. » Et il avait raison, car ce sont les Béarnais instruits qui les ont choisis jadis, l’administration a suivi. M. Merle fait le même constat : « la réalité lexicale et articulatoire ne subsiste plus, paradoxa-lement, que dans le nom français ».



Concrètement, dans les panneaux photographiés par l’Ostau bearnés :

Mis à part l’accent grave, « Còr istoric » correspond à l’écriture et donc à la prononciation des environs de 1325, constatée dans les Récits d’Histoire sainte en béarnais ; mais en 1583, Arnaud de Salette écrivait « coò » car le -r final était devenu muet, et au XVIIIe s., de Mesplès faisait rimer « au co » avec « aco » dans sa célèbre chanson « Dus Pastous a l’oumpréte » ; écrire « au còr » et « aquò » à la mode occitane est proprement ridicule et massacre la langue !

En revanche, le « Lartigue » prétendument français qui, Dieu merci !, n’est pas sous-titré en « Lartiga », est exactement conforme à ce qu’on peut lire dans les archives du Béarn indépendant d’il y a plus de six cents ans. Par exemple, dans un acte reçu par Bernard de Luntz, notaire vicomtal de Gaston Fébus, sont cités P. de Lartigue et Arnaut de Lartigue, représentants de la ville de St-Loubouer, du diocèse d’Aire (P. Tucoo-Chala et J. Staes, Notaire de Prince, p. 84, acte n° 78 dressé à Pau le 15 octobre 1373). Ou encore, dans le Recensement de 1385 ordonné par Fébus, édité par Paul Raymond, 1873 : p. 19 Johan d’Artigue-Bielhe à Puyoo ; p. 120, Berdolet de Lartigue et Guilhem Artigue à Baleix, etc.



Quand l’article 75-1 de la Constitution reconnait les langues régionales comme patrimoine de la France, ce ne peut être que les langues transmises de génération en génération, comme tout patrimoine, avec notamment leur nom et leur façon de s’écrire. Une collectivité publique ne peut donc soutenir légalement d’autres noms et d’autres modes d’écriture, et il y a des tribunaux administratifs pour en juger.

Aux Palois de réagir et de ne pas laisser des ignorants de l’histoire faire croire aux élus qu’ils servent la langue ancestrale en dépensant ainsi leurs deniers.
Jean Lafitte

lundi 21 février 2011

Cantique composé par Henri IV après la bataille d’Ivry (1594)

Reproduit par Justin Édouard Cénac-Moncaut, Histoire des peuples et des états pyrénéens, t. IV, 1873, pp. 207-210, en note.

(1) Le cantique fait en l’honneur de Dieu, par Henri de Bourbon, de ce nom très-chrétien, roi de France et de Navarre, après la bataille obtenue sur le ligueurs en la plaine d’Ivry, le 14 mars 1594, fut publié en 1594 par le libraire Guichard Jullieron, de Lyon, à la suite d’une relation de la bataille d’Ivry, format petit in-12.

Puisqu’il te plaist, Seigneur, d’une heureuse poursuite,
Espandre libéral sur moy ton serviteur
Un monde de bienfaits, et qu’ore en ma faveur
Tu as mis justement mes ennemis en fuite,
Je ne veux me cacher sous un ingrat silence,
Ou trop fier m’eslever en ma faible vertu ;
Je veux dire que toy ce jour as combattu,
Et rompu des meschants la superbe arrogance.
Je chante ton honneur sous l’effet de mes armes,
A ta juste grandeur je rapporte le tout :
Car du commencement, du milieu, jusqu’au bout,
Toy seul m’as guaranty au plus fort des allarmes.
L’ennemy forceneur, appuyé sur son nombre,
Se promettoit le gain du combat furieux.
Enflé de trop d’orgueil pensait, victorieux,
Mettre dessus mon chef un si mortel encombre
Rien que sang ne que meurtre en son camp ne résonne.
Là l’Espagnol cruel, et l’avare Germain,
L’Italien, le Suisse, et le lâche Lorrain
Se vantoient, insensés, de perdre ma couronne.
Du plus haut de ton ciel regardant en la terre,
Mesprisant leur audace, et de graves sourcis
Desdaignant ces mutins, soudain tu les as mis
Au plus sanglant malheur que peut porter la guerre.
Comme l’ours qui descend du haut de la montaigne,
Estonne, furieux, le troupeau qui s’enfuit,
Cette armée, par toy estonnée, produit
Le semblable soudain en quittant la campaigne.
J’ay vu l’estonnement, et ma troupe esbranlée,
A demy l’a senty; mais alors, tout certain,
De ton secours, Seigneur, j’ai suivi mon dessein,
Et marchay courageux encore en la meslée.
La victoire esbranlait, douteuse et incertaine;
Certaine toutefois, elle tourne vers moy.
Mes gens reprennent coeur et secourent leur roy,
Renversant, coudoyant cette troupe inhumaine.
L’heure à demi encor ne s’estoit avancée,
Qu’avancé je me veis au-dessus des meschants,
Et méprisant l’effort de leurs glaives tranchants,
Je veis en ma fureur leur fureur renversée.
Du coursier généreux la carrière plus viste,
Tardive se trouvoit à tous ces gens fuyarts
Courans espouvantés, rompus de toutes parts,
J’ay la terre touché, en leur honteuse fuite.
Le jour cesse plus tôt que la chasse ne cesse,
Tout ce camp désolé ne se peut asseurer,
Et à peine la nuit les laisse respirer,
Car les miens courageux les poursuivent sans cesse.
Là j’ai foulé l’orgueil de l’Espagne trop fière,
Et au prix de son sang j’ai gravé, valeureux,
Du tranchant coutelas sur son soldat psoureux
De fuite et lascheté le lasche vitupère.
L’Italie a sa part à cet honteux diffame,
Le Wallon, le Lorrain y a perdu l’honneur,
Le desloyal François y reçoit la terreur,
Et tremblant, estonné, ma douceur il réclame.
Mille et mille sont mors, et en cette poursuite,
J’ay veu les grands effets de ton sainct jugement,
Qui tarde quelques fois, mais plus violemment,
Les meschants en ruyne enfin il précipite.
C’est toi, Seigneur, qui as parachevé cest oeuvre,
Cest oeuvre tout entier, ô mon Dieu, tu l’as fait;
Tu tes servi de moy pour le rendre parfait,
Et sur moy en cela ta bonté se descoeuvre.
Humble, recognoissant tes bontés paternelles,
Je loue ta grandeur, de tout ce qui est en moy,
Et puis que je n’ay rien que je n’aye de toy,
A toy rendre je doy ces graces solennelles.
Seigneur, tu m’as donné la volonté très-bonne;
De ne rester ingrat donne moy les effets :
Car je veut tesmoigner les biens que tu m’as faits,
Et faire que ton nom en ma France resonne.
N’y le sceptre royal n’y la grandeur mondaine,
De divers courtisans, n’y mes propres desseins,
N’empêcheront jamais qu’au milieu de tes saints
Je ne chante toujours ta bonté souveraine.
Je feray que ton nom très saint et admirable
En ma France sera sainctement honoré,
Afin qu’estant de moy et des miens adoré,
De plus en plus, Seigneur, tu nous sois favorable.